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Aimez-moi donc, Marie

« Faites cela vers moi dont votre nom vous prie, votre amour ne se peut en meilleur lieu donner »
Marie qui voudrait votre beau nom tourner, Pierre de Ronsard

Il était une fois Norma Jean Baker, dite Marilyn Monroe. Jeune pousse ballotée entre familles d’accueil et orphelinat, mariée à 16 ans, petite ouvrière modèle dans l’usine de drones radiocommandés de son mari, «l’icône américaine» (titre de l’exposition du Grand Palais qui prend fin le 18 octobre 2015) continue à brûler fiévreusement nos rétines à travers l’œuvre d’Andy Warhol. «Le problème, c’est que les hommes vont au lit avec Marilyn et se réveillent avec Norma Jean…» dit la jeune femme à son psychanalyste. Prisonnière de son succès, la dévoreuse Marylin semble elle-même dévorée par son image. Certes, elle est l’une des vedettes les plus bankable d’Hollywood. Mais elle est surtout terriblement seule dans sa tour d’ivoire, en tête-à- tête avec ses démons. Marilyn lit Kafka, Dostoïevski, Rilke, Joyce, Faulkner, multiplie les traits d’esprit et partage en petit comité sa grande intelligence. Mais c’est en dumb blonde et en symbole sexuel que le public veut la voir pour mieux l’aduler.

Plusieurs milliers d’années et de kilomètres nous séparent d’une autre jeune femme, âgée de 18 ans. Future icône qui s’ignore encore, Marie de Nazareth a-t-elle seulement conscience de la révolution qui s’apprête à éclater ? Le monde occidental vibre encore du choc de l’an 0 et de ses abasourdissantes conséquences. Marie, pleine de grâce, remodèle l’humanité… en donnant la vie. Le paradoxe de la Sainte Vierge est d’être mère avant d’être femme. Annonciation, Dormition, Assomption: Marie traverse sa propre existence sans faire de vagues, idéal éclatant de modestie et de pureté. Une femme puissante sans être une femme de pouvoir.

Encore plus loin de nous, la mythique Danaë nous surplombe et nous transcende. Fille d’Acrisios, roi d’Argos, elle est enfermée par son père dans une tour d’airain afin de l’empêcher de mettre au monde le petit-fils qui, selon la prophétie, le tuera. Amante de Zeus, qui se donne à elle sous la forme d’une pluie d’or, Danaë enfante Persée avec qui elle est enfermée dans une malle et jetée à la dérive. Mais le roi de l’île de Sériphos, où elle a échoué, la convoite et seul le courage de son fils Persée la soustraira à l’emprise du tyran. Si Danaë ne représente pas la féminité dans son ensemble, son parcours semé d’embûches rappelle toutefois que le danger rôde dans toute féminité. Danaë est femme-objet plutôt que femme-sujet – objet de trouble, d’angoisse, de désir et de vengeance et qui passe de mains en mains. « Tout est dangereux ici-bas, et tout est nécessaire » disait Voltaire…

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