LOT 14
15 000 / 20 000 €
Minton Rare paire de bancs, dits « Blackamoor », 1870
En faïence vernissée et émaillée représentant deux enfants se faisant face portant une peau de lion. Ils reposent sur un coussin turquoise et portent un coussin similaire formant assise. Signés, marques de la manufacture pour le modèle et la date
H. 50 cm L. 33 cm P. 29 cm
Le thème des « blackamoor », sujet exotique servant de torchères ou comme ici de tabourets, remonte à la cour de Louis XIV puis dans les palais vénitiens du XVIIIe siècle.
Symbole du renouveau de la manufacture de Minton depuis les années 1850 sous l’impulsion du directeur français Léon Arnoux, de nouveaux thèmes aux riches couleurs se développent et séduisent une prestigieuse clientèle européenne. Les expositions internationales contribuent au succès de Minton et les blackamoors figurent parmi les nouveautés les plus
spectaculaires.
Guère étonnant dès lors de retrouver une paire de bancs dans les collections du « Roi-Artiste » portugais Ferdinand II. Membre de la maison de Saxe-Cobourg, il devient roi consort en épousant en 1836 la reine Marie II du Portugal. En 1853, à la mort de sa femme, il laisse la couronne à son fils Pierre V. Le trône de Grèce en 1862 et celui d’Espagne en 1868 lui sont proposés mais il les refuse pour se consacrer à sa passion: l’art.
Fervent amateur de musique, de peinture et de céramique il rencontre en 1860 une chanteuse d’opéra suisse Elisa Hensler, venue chanter à Lisbonne l’œuvre de Verdi Un ballo in maschera. Une relation se noue : elle a les mêmes passions que lui, pratique la sculpture, la peinture, la céramique. C’est la compagne idéale pour ce roi inspiré.
En 1869, Ferdinand II épouse Elisa, anoblie et titrée comtesse d’Elda, morganatiquement. Elisa et Ferdinand soutiennent les artistes, collectionnent et achètent dans toute l’Europe les nouveautés anglaises et parisiennes pour leurs palais des Necessidades à Lisbonne et le fabuleux château da Pena, rêverie germanique et éclectique.
La paire de bancs présentée date de 1870. Qui sait, peut-être s’agit-il un cadeau de mariage de la reine Victoria, cousine germaine de Ferdinand II... ? Les bancs restent en tout cas conservés dans ce palais, au sein même du boudoir de la comtesse d’Edla, jusqu’à la mort de Ferdinand en 1885. Ils rejoignent ensuite les collections de la comtesse d’Edla au palais de Santa Marta jusqu’à l’exceptionnelle vente aux enchères organisée suite à son décès en 1929.
Provenance
> Ancienne collection du roi du Portugal Ferdinand II et de la comtesse d'Edla, Palacio das Necessidades
> Ventes aux enchères de la comtesse d'Edla, palacete de Santa Marta, du 13 au 29 décembre 1929, lot 156, étiquette encore visible sous l’un des deux
> Collection particulière, Lisbonne
Bibliographie
> D. Fernando de Saxe Coburgo-Gotha, Commémoration du premier centenaire de la mort du Roi Artiste, p. 176, reproduits
> Margarida de Magalhães Ramalho, Os Criadores da Pena, D. Fernando e a Condessa d´Edla, 2013, p. 81 et 121 , reproduits


18 Place des Vosges, Paris 4