LOT 27
4 000 / 6 000 €
Maryan (1927-1977)
Sans titre, 1963
Pastel sur papier signé et daté en bas à droite
73 x 51 cm
Maryan partout, enfin. Alors que les amateurs de peinture véritable se murmuraient son nom comme un mantra depuis plusieurs décennies, et que les plus grands galeristes comme Claude Bernard ou Catherine Thieck à la Galerie de France entretenaient son souvenir dans une indifférence à peu près générale, il aura fallu quelques expositions américaines, et la force de conviction du collectionneur Adam Lindemann et de la conservatrice Alison Gingeras, pour que l’art de Maryan soit – enfin – accueilli comme une évidence, une pièce manquante dans le grand puzzle de l’art de la seconde moitié du vingtième siècle. Et pourtant, “il en avait à dire des choses,
à les crier, sans qu’on l’ait entendu beaucoup! Presque complètement marginalisé, Maryan! Encore un sur lequel l’époque s’est trompée”, résumait Robert Combas, collectionneur et fan du peintre quand Nathalie Hazan-Brunet, commissaire avec Catherine Thieck et Juliette Braillon de la rétrospective Maryan au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme en 2014, a pour la première fois depuis bien longtemps à Paris pu exposer dignement l’univers visuel grimaçant de l’artiste qui selon elle doit beaucoup aux fêtes de Pourim, “jour où, dans le monde religieux juif, tous ceux qui incarnent le pouvoir sont malmenés, où l’on peut et doit se moquer du mal absolu – l’Haman. En effet, continue-t-elle, la galerie des personnages qui peuplent l’œuvre de Maryan semble tout droit sortie de ce carnaval qui mêle le sacré, la farce, le grotesque, la caricature, la satire, qui puisa à la commedia dell’arte, au charivari, à la fête des fous”.
Peintre déporté, peintre de l’errance et de l’effroi, l’ancien prisonnier du camp d’entraînement de la Waffen-SS à Postkow, laissé pour mort au ghetto de Rzeszów, pensionnaires
des camps de concentration d’Auschwitz-Ziegeunerlager et de Gleiwitz, grièvement blessé à l’approche de celui
de Blechhammer, Maryan a créé une lamentation picturale infinie, mais qui ne prendrait pas les atours du gémissement, plutôt ceux du glapissement, de l’aboi, de la ricanerie, même.
Pour Maryan le mutique, un médium s’impose: le dessin. Très bon dans cette pratique depuis l’école (”à l’exclusion de toutes les autres matières !”), comme il le rapporte lui-même en 1976 dans le catalogue de sa dernière exposition parisienne, à la Galerie Ariel, Maryan intègre en 1947 l’académie d’art
de Jérusalem, puis en 1950 les Beaux-Arts de Paris, où il se passionne pour la lithographie sous la direction de Fernand Léger.
Dès sa première exposition personnelle, à la Galerie Breteau à Paris en 1952, Maryan trouve la voie
de son style si particulier: sa peinture est un cri, oui, mais un cri habillé, pour paraphraser le propos de Max Jacob sur la poésie. Pétri de Kafka, de Jarry et de Beckett, il n’est pas taillé pour l’abstraction à la mode dans ces années 50 où une École de Paris déclinante s’épuise en une querelle de salons.
Stéphane Corréard & Hervé Loevenbruck