LOT 254
12 000 / 15 000 €
Georges Mathieu (1921-2012) Composition pour Salah Stétié I, 1961
Gouache sur cartoline dédicacée, signée, datée vers le bas, au milieu : Pour Salah / Stétié / avec l’amitié / de / Mathieu / 61
48 x 67 cm
Lorsqu’en 1961 Georges Mathieu arrive à Beyrouth avec, pour tout bagage, ses pinceaux, il est accompagné de Maurice d’Arquian – dit le Comte d’Arquian – l’un des plus grands marchands de tableaux, qui a ouvert, après Bruxelles, la Galerie Internationale d’Art Contemporain rue Saint-Honoré, à Paris. Si le jeune Mathieu est nommé «Premier peintre» de la galerie, il présente néanmoins un sérieux déficit de notoriété et de reconnaissance internationales, en dehors des États-Unis, du Canada et du Japon.
Dès lors, le Comte d’Arquian va organiser, pour Mathieu, une tournée permanente à travers le monde avec, au programme: exécution de peintures en public, invitation d’une presse empressée, vernissages huppés dans des lieux emblématiques et conférences dans les universités. C’est ainsi que, de 1957 à 1965, Mathieu se fait connaître et reconnaître à Bruxelles, Düsseldorf, Zürich, Bâle, Liège, Cologne, Milan, Venise, Genève, Rio de Janeiro, Buenos Aires et Saõ Paulo, puis Vienne, Turin, Londres et Madrid… Après Beyrouth, la quête se poursuivra à Jérusalem, Munich, Bologne, Tel Aviv, Copenhague, Stockholm et Oslo.
À Beyrouth, Georges Mathieu rencontre Salah Stétié, écrivain français d’origine libanaise, poète et ambassadeur, qui a fondé L’Orient Littéraire et Culture, supplément du grand quotidien L’Orient. Le dimanche 12 mars 1961, Salah Stétié écrit dans son journal, sous le titre J’ai vu peindre Mathieu : « Il se ramasse sur lui-même et brusquement bondit : d’un coup de dents, il arrache le capuchon d’un tube de couleur. Contre la toile, il écrase la pâte vivante. Avec le bord du tube, il raye, trace des lignes, ébauche une forme aussitôt escamotée, intégrée dans la genèse d’une autre forme... C’est ainsi qu’hier, pendant trois heures, à l’ancien hôtel de la Présidence, rue Kantari, j’ai vu, en compagnie de […] nombreux spectateurs comme moi rendus muets d’étonnement, (retenant presque notre souffle) Georges Mathieu peindre les toiles qu’il doit exposer à Beyrouth, à partir de mercredi prochain…. ». Une trentaine de toiles – dont Saint Georges terrassant le dragon, 1961, peint à Byblos – sera exposée, à partir du 7 mars, au Palais de la Présidence.
Composition pour Salah Stétié I, 1961 est l’une des œuvres que le peintre offrit au poète. Sur un fond noir, la calligraphie éclaire une nuit,
comme autant d’éclairs jaillissant d’un feu d’artifice, pour traduire l’impulsion et l’ardeur d’une grande communion avec Salah Stétié. Tandis que l’écriture de la dédicace vient proposer une réelle corrélation avec les traits du dessin de Mathieu.
Rentré à Paris, Georges Mathieu fera éditer un petit livre précieux, orné de photographies tiré à 66 exemplaires et titré Petites Impressions Libanaises. Il enverra le texte au journal de Salah Stétié qui le publiera aussitôt. À la fin de l’ouvrage, l’on peut lire cette précision : Ce livre […] restitue le texte intégral d’un Bloc-Notes paru dans L’Orient Littéraire du 29 avril 1961, écrit sur la courtoise demande de Salah Stétié. En exergue, cet envoi : Pour Salah Stétié, au-delà des mots… Composition pour Salah Stétié I, 1961 est là pour en témoigner.
Jean-Marie Cusinberche
Provenance
> Collection Salah Stétié
> Hélène Bailly Gallery, Paris
> Collection privée, Paris
Bibliographie
> Catalogue de l'exposition Salah Stétié et les peintres, Sète, Musée Paul Valéry, 8 décembre 2012 – 31 mars 2013, reproduit p. 58
Expositions
Sète, Musée Paul Valéry. Salah Stétié et les peintres. 8 décembre 2012 – 31 mars 2013


18 Place des Vosges, Paris 4