C'était hier

Entre chien et loup

jeudi 9 juin 2016 à 19h00

Livres > Arts d'Asie > Arts ancien, moderne et contemporain > Arts décoratifs et design

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lot 116 Jean Dupas (1882-1964) Femme à la boule, 1926

Huile sur panneau signé et daté 1926 en bas à droite, marqué au dos « Mr de Souza 100 boulevard Pereire »

63,5 x 43,5 cm

Estimation 60 000 / 80 000 €

Vendu 112 500 €

(commissions d'achat incluses)

Oil on cardboard signed and dated on the lower right side.

Provenance

> Acheté par M. de Souza en 1926 pour son appartement parisien
> Resté depuis dans la famille

Bibliographie

> Catalogue du XVIe salon de la Société des Artistes Décorateurs, 11 mai-8 juillet 1926, Grand-Palais, Paris, modèle référencé
> George Barbier, Jean Dupas, La Renaissance de l’Art Français et des Industries de Luxe, Paris, septembre 1927, œuvre reproduite p. 433
> The Studio, Paris, 1928, œuvre reproduite p. 384

Expositions

> Toile présentée sur le stand de Jacques-Émile Ruhlmann lors du XVIe Salon de la Société des Artistes Décorateurs, 11 mai-8 juillet 1926, Grand-Palais, Paris

Cette œuvre sera reproduite au catalogue raisonné actuellement en préparation sur l’artiste par monsieur Romain Lefebvre

« Infiniment longues et fragiles, les nymphes de Dupas font penser à des lys en gerbe, à des iris en nacre ; sinueuses, avec des grâces d’alcyon, des ploiements un peu contournés de leur corps où rient les fossettes, des reflets de coquillage dans leur pulpe à peine rosée, avec de jolis visages pointus chargés de boucles dont les vrilles s’enroulent, comme des copeaux. [...] Derrière elles se déploie un paysage majestueux et mélancolique »
George Barbier, Jean Dupas, La Renaissance de l’Art Français et des Industries de Luxe, Paris, septembre 1927

Né en 1882, Jean Dupas est l’un des artistes les plus singuliers de sa génération grâce à une stylisation des personnages et de la nature, qui en fait la tête de proue d’une « école » de Bordeaux avec René Buthaud, Alfred Janniot et Raphaël Delorme. Après avoir gagné le prix de Rome en 1910 puis la médaille d’or au Salon des Artistes Décorateurs en 1922, la presse l’encense et voit en lui un vrai novateur du genre. Des nymphes aux corps allongés ornementées des accessoires les plus extravagants prennent vie dans une nature rythmée selon sa perspective; il s’agit selon lui de « recréer la nature selon sa propre vision et non la copier ». Les thèmes abordés sont des plus classiques, inspirés par l’Antique mais toujours remodelés dans un univers qui lui est cher, avec de nombreux oiseaux permettant d’illuminer les compositions par leurs couleurs claires et des accessoires démesurément grands pour attirer l’œil. Repéré par le grand décorateur parisien Jacques-Emile Ruhlmann dès l’année 1924 lorsqu’il réalise l’affiche du Salon des Artistes Décorateurs, il expose sur son stand dès 1925 dans « L’Hôtel du Collectionneur » lors de l’Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes.
C’est pour le Salon des Artistes Décorateurs de 1926 que Ruhlmann commande pour son stand plusieurs œuvres à Jean Dupas, dont celle que nous présentons aujourd’hui Jeune femme à la boule. Une jeune femme de profil à la longue chevelure brune accrochée en haute queue de cheval tient dans sa main gauche une boule de cristal aussi grande que sa tête, surmontée d’un Cupidon tenant la pose sur fond arborescent. Les tons chauds de cette peinture, presque fauve pourrait-on dire, avec ce ciel rouge rosé, les feuilles de l’arbre vert sapin, la chevelure noire et la robe au liseré rouge, forment un immense contraste de couleurs fortes, uniquement adouci par le teint plus rosé de la jeune femme, le corps blanc du Cupidon et la transparence de cette boule de cristal. Les lèvres rouges et les yeux dorés de sa nymphe apportent encore plus d’éléments à cet idéal de beauté et d’élégance et ne laissent pas indifférent le dieu de l’amour posté sur sa boule de cristal, rappelant le thème du tableau avec lequel l’artiste a remporté son prix de Rome Eros vainqueur du dieu Pan.
Ce panneau, acheté à l’époque par un collectionneur averti, est la quintessence de l’œuvre de Jean Dupas, montrant bien que celui-ci peut exprimer son talent sur des surfaces plus modestes que les 400 m2 de peinture sur glace qu’il réalise pour le paquebot Normandie, ou encore l’immense fresque de 1936 pour la Bourse du travail de Bordeaux La Vigne et le Vin de 3 x 8 m. Amélie Marcilhac