Rembrandt Bugatti, le dompteur de fauves

Plus jeune fils de l’ébéniste Carlo Bugatti et frère d’Ettore, fondateur de la célèbre marque automobile, Rembrandt est le plus important sculpteur animalier du XXe siècle. Ce prénom d’artiste lui est donné par son parrain Giovanni Segantini, lui-même peintre. Dès son plus jeune âge, Rembrandt sculpte. À 17 ans il livre sa première œuvre Ritorno dal pascolo, quatre vaches dans un pré, souvenir d’un séjour familial dans les montagnes de l’Engadine à Maloja.

En 1903, il accompagne son père à Paris. Carlo quitte l’Italie où il a pourtant triomphé en 1902 lors de l’Exposition Internationale de Turin et se dédie à l’orfèvrerie. Père et fils rencontrent Adrien-Aurélien Hébrard, fondeur d’art, qui signe un contrat d’exclusivité des sculptures de Rembrandt. La qualité des fontes Hébrard surpasse toutes les productions précédentes et contemporaines. Il utilise la fonte à la cire perdue dans des tirages limités, qui rendent le plus fidèlement possible la sculpture si délicate du fils Bugatti.

Rembrandt est fasciné par les animaux sauvages qu’il découvre au parc zoologique du Jardin des Plantes de Paris, dont il est voisin. Il se rend peu de temps après à Anvers, dont le directeur du zoo, connu comme le plus grand et beau au monde, lui met un atelier à disposition dès 1906. Rembrandt entretient alors une relation quotidienne avec les éléphants, les félins, les loups les vautours. Chaque animal est observé, apprivoisé, modelé à mains libres sans dessin préparatoire. Notre jaguar était craint des gardiens du zoo. Particulièrement féroce, seule la présence de Rembrandt Bugatti pouvait calmer l’animal. Et le voici, dans son format réduit, accroupi, doux comme un chat, mais avec la puissante musculature du félin prêt à bondir.

La première guerre mondiale dévaste le jeune Rembrandt. Tous les animaux sauvages du zoo, ses amis pendant près de 10 ans, sont abattus. Il s’engage pour la Croix-Rouge, puis dans l’armée italienne. Il est tuberculeux et réformé en décembre 1915 ; la galerie Hébrard ferme. Il rentre à Paris, ne veut plus de l’aide de son frère Ettore lui aussi en difficulté, et se suicide à 31 ans le 8 janvier 1916. Il laisse une production rare synthétisant l’expressionnisme des Fauves et le dynamisme futuriste.

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