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Merci d’articuler

Vous l’ignoriez sûrement mais la vie de mannequin d’atelier n’est pas de tout repos ; de quoi finir sur les rotules. 

Premièrement, les artistes n’ont aucune empathie pour mes rhumatismes : «allez Josiane, plus comme ci, moins comme ça, lève la tête, tend les bras, lève la jambe…» C’est bien simple : tout leur est dû ! L’égocentrisme des créateurs à l’égard des pantins m’a toujours laissé pantois.

Secundo, une fois ma pose terminée, mon peintre retourne à son troquet trinquer avec ses collègues à la fin d’une bonne journée de travail. Mais c’est compter sans la perversité de son fils qui, une fois la porte close, me fait subir les pires sévices. Les agalmatophiles sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense. Si vous en doutez encore, ouvrez donc le dictionnaire.

Ensuite, avez-vous remarqué le silence assourdissant des féministes à l’endroit de mes congénères ? J’en parlais l’autre jour avec la palette et le constat est des plus tristes : les femmes-objets n’ont aucun droit.

Enfin, je n’en peux plus des visiteurs superstitieux qui, sous prétexte de « toucher du bois», me chatouillent en permanence. Leur attirance toute particulière pour les plantes de pied a le don de me rendre complètement dingo. Impossible, au beau milieu d’une crise de rire, d’appeler à la clémence sans mal articuler.

Puissiez-vous ne plus jamais me regarder de la même manière désormais !

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