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l’homme et la bête

Tels les deux bambins de La Dolce vita qui disent avoir vu la Vierge, il peut arriver aux enfants Lobi de voir des génies, qui rejouent d’antiques mythes et d’épiques légendes…

Un chef tshokwé, assis sur son fauteuil, vérifie l’état de ses armes. Il ordonne à son sorcier de choisir parmi ses masques celui qui fera fuir l’ennemi et le mauvais oeil. Le sorcier se tourne alors vers les dieux et leur demande de lui donner la victoire sur les ennemis du jour. Et, vaudou comme jamais, il ensorcelle aussitôt leurs représentations… Soudain le Fauve est là, qui veut chasser l’Homme, et l’Homme se défend :

« Quel choc soudain sans éclat de silex ! Quel choc et pas une étincelle de passion. Les pieds de l’Homme lourd patinent dans la ruse, où s’enfonce sa force jusqu’à mi-jambes.
[…]
Silence de combat sans éclat de silex, au rythme du tam-tam tendu de sa poitrine Au seul rythme du tam-tam que syncope la Grande-Rayée à sénestre. Sorcier qui dira la victoire !
[…]
La lutte est longue trop ! dans l’ombre, longue des trois époques de nuit millésime.
[…]
Un long cri de comète traverse la nuit, une large clameur rythmée d’une voix juste. Et l’Homme terrasse la Bête de la glossolalie du chant dansé. Il la terrasse dans un vaste éclat de rire, dans une danse rutilant dansée Sous l’arc-en-ciel des sept voyelles. Salut Soleil-levant, Lion-au-regard-qui-tue » (1)

Le guerrier, victorieux mais épuisé, se couche sur son appui-tête et profite d’un repos bien mérité en se faisant lire l’histoire de ce nouveau Dieu apporté des terres de l’Est par un marchand ge’ez.

 

(1) Léopold Sédar Senghor, L’homme et la Bête, Ethiopiques, 1956

 

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