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Le souffle d’un vent nouveau

Après un premier âge d’or au XVIe siècle, Murano renaît de ses cendres au XXe siècle grâce à l’inventivité de designers hors du commun. 

Une tradition n’est jamais qu’un progrès qui a réussi, écrivait Maurice Druon. Pourtant, nombreuses sont les disciplines qui, au nom de la sacro-sainte « tradition », s’enlisent dans leurs certitudes au risque de disparaître de la mémoire des hommes. Tel a été le cas des artisans de Murano qui, engoncés dans leur histoire plus que centenaire, sont vite tombés dans une production répétitive. Mais c’était compter sans l’arrivée d’une nouvelle génération de créateurs non vénitiens, au tournant des années 1930, qui ont marqué un retour à une élégance brillante et sobre après plus de deux siècles d’errance décorative.

Le premier n’est autre que Paolo Venini, arrivé de Milan avec sa femme en 1921, qui s’associe à Giacomo Cappellin pour créer sa propre société. Les deux hommes engagent alors Vittorio Zecchin* comme directeur artistique ; excusez du peu ! L’exemple du pionnier Venini est rapidement suivi par bien d’autres, comme Barovier & Toso, Salviati, Salir, Seguso, Avem… Les plus grands designers du moment (Napoleone Martinuzzi, Giò Ponti, Carlo Scarpa, Tommaso Buzzi, Fulvio Bianconi…) jouent des coudes pour donner naissance eux aussi à des chefs-d’œuvre qui font revenir la verrerie par la grande porte dans la petite famille des arts décoratifs très haut de gamme.

Du haut de ces trésors de complexité et de fragilité, sept siècles d’un savoir-faire d’exception nous contemplent. Dessinés, soufflés et cuits dans les fours de cette petite île où les maîtres verriers vénitiens officient depuis au moins 1291, les verres de Murano, inspirés par les techniques venues du monde islamique, font la fortune de la Sérénissime pendant plusieurs siècles. Puisse cette Renaissance du XXe siècle, exceptionnelle et bienheureuse, permettre à Murano de fêter son millénaire… dans trois petits siècles !

 

* Voir l’article consacré à l’artiste dans le magalogue La Strada, vente de la collection Alessandro Pron du 16 avril 2015 (p. 48 à 53)

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