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Le fauve de la vente… se débotte

Une biographie imaginaire d’après Charles Perrault.

« Une ravissante nature morte […] ; chaque tableau apporte avec lui un carré de silence et une raison à notre ramage intérieur de s’interrompre. » P. Claudel

Il était une fois un jeune homme issu d’une célèbre famille de peintres de scènes de chasse et de chevaux qui s’appelait George William. À la mort de son père, en tant que benjamin, il ne restait pour lui de l’héritage que le chat noir de la famille, ses aînés ayant reçu la maison et l’atelier et – ils le découvriraient plus tard – les souris qui s’y cachaient… « Un chat noir, malheur ! se dit notre jeune orphelin. Je dois m’en débarrasser au plus vite, sans quoi le mauvais œil me poursuivra. Et qui sait de quelles sorcelleries l’on m’accusera ! »

Mais miracle, le petit chat de gouttière, menacé d’abandon, de famine, voire d’une noyade au détour d’un étang, sut voir où était son intérêt. Il aida bien vite notre jeune homme à se faire une place dans la société. Quelques années suffirent, et George William était devenu peintre lui-même, connu en particulier pour ses natures mortes et ses œuvres animalières, qu’il distinguait souvent des œuvres de ses parents par un G.W. Sartorius fecit.

Le Méphistofélin avait passé un accord avec son peintre: pour connaître le succès, il devrait peindre surtout des comestibles. Les bénéfices étaient ainsi répartis: aux clients revenaient les tableaux, au peintre les légumes, et au chat volailles, viandes et poissons. Le greffier malin profita alors des fruits de son travail; on peut ici le voir hésiter, pour son en-cas du jour, entre un poisson (objet si évident de sa convoitise que celle-ci est inscrite au titre de l’œuvre) une volaille (qu’un léger goût de faisandé ne déparera pas ; on peut la garder pour plus tard), quelques petits oiseaux (un déjeuner léger et délicieux mais insuffisants à son appétit après quelques heures de pose), ou ce gibier à grandes oreilles qui l’a longuement fait courir avant de se laisser prendre… « Le temps que mon Sartorius peigne son tableau, se dit le malicieux félin, j’ai bien le temps de faire mon choix… Et si je commençais par le poisson ? J’hume comme un robuste arôme de terrine qui doit venir du pot de terre cuite sur lequel mon peintre a disposé la pêche du jour…. ».

Moralité à peine pastichée: la chasse et le savoir-peindre valent mieux pour le régime du fauve que des souris héritées.

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