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La douceur de la cinecittà

« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple. » Jacques Prévert

Comment mieux savourer les délices « des plus beaux de nos jours » (Lamartine) qu’en nous replongeant dans Fellini ? Mais pas dans n’importe quel film ! Celui grâce auquel le maître quitte pour de bon la chapelle néoréaliste et atteint la maturité : La Dolce vita, qui nous plonge dans une époque tant aimée, à travers ses craintes et ses espoirs.

Sans en avoir l’air, Fellini répond à LA question de société des années 60 : la civilisation des loisirs supplantera-t-elle celle du travail tout-puissant ? Grâce au miracle économique, la machine est « le Dieu qui rachètera l’homme […] du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté » (1), et Fellini s’inspire de faits réels pour nous montrer les hésitations d’une jeunesse dorée et oisive qui s’interroge sur ce qu’elle peut faire de ce temps gagné sur le travail. Ce qu’elle craint plus que tout ? L’ennui.

Ses personnages y glanent, plus ou moins consciemment, une vie douce tant désirée, si espérée, diablement souhaitée, mais dont la forme n’est jamais évidente à imaginer. Cette douceur de vivre se cacherait-elle dans l’animalité jouissive de la mythique baignade dans la fontaine de Trevi ? Dans les plaisirs simples d’une brillante joute intellectuelle ? Dans une innocence perdue puis retrouvée, dans une dépravation assumée ? Dans une soirée de retrouvailles entre un père et son fils ? Dans le sourire béat d’un putto ombrien ?

Dans l’ombre de Marcello le chroniqueur mondain, Paparazzo (peut-être descendant du Coriolano Paparazzo de Gissig (2)) vit d’une activité de photographe – qui lui deviendra éponyme – et nous abreuve en clichés devenus aujourd’hui légendaires. La fin annoncée des paparazzi est-ce une info ou une intox ? Elle bouclerait en tout cas la boucle d’une douceur de vivre… utopique.

Oeuvres à rapprocher
(1) Paul Lafargue, Le droit à la paresse (Réfutation du droit du travail de 1848), 1883
(2) George Gissig, The Ionian Sea, 1903

 

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