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Deux portraits du peintre sans bras

mercredi 25 octobre 2017 12:00 par Carine Sandon

Lille, au soir du 10 janvier 1806. Le cri d’un nouveau-né déchire la maison des Ducornet, une famille modeste installée au cœur de la capitale des Flandres. Alors que l’enfant sort à peine du ventre de sa mère, la stupeur envahit la pièce. Le petit garçon, que les parents baptiseront d’un héroïque Louis Joseph César, est phocomèle : ses membres atrophiés le privent de bras et ne l’ont pourvu que de quatre orteils par pied. Pourtant, ce petit garçon aura un destin exceptionnel dans ce XIXe siècle sans pitié : il sera peintre.

On dit des mauvais peintres qu’ils peignent avec leurs pieds. Par son parcours, sa ténacité et son talent, Ducornet prouve le contraire ! Dès son plus jeune âge, le jeune garçon infirme admire Van Dyck et, développant une étonnante habileté avec ses pieds, atteint une maîtrise technique aussi inédite que spectaculaire. Au point que Durcornet entre à dix ans à l’atelier de Watteau de Lille et remporte plusieurs prix ! Vite reconnu comme un artiste hors-norme, le jeune peintre attire l’attention de Louis XVIII qui, en 1824, lui octroie une bourse afin de lui permettre de travailler à son aise.

A 18 ans, Ducornet s’installe à Paris où, quelques années plus tard, le roi Louis-Philippe lui passe plusieurs commandes. Quant à Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, Duchesse de Berry, elle lui commande en 1831 un Saint-Louis rendant la justicesous un chêne exposé aujourd’hui encore au Palais des Beaux-Arts de Lille. Ce coloriste hors pair décède le 27 avril 1856 à l’âge de 50 ans.

Les deux œuvres que nous présentons - à la qualité d’exécution notoire ! – ont donc été réalisées par un artiste loué par la critique de son temps et dont la ténacité mérite d’être souligné encore de nos jours ! Un visiteur du Salon de 1834 faisait d’ailleurs remarquer qu’ « à force d’étude, de patience et d’art, il est devenu un peintre, dont les ouvrages à plus d’un titre, doivent inspirer de l’intérêt. » Et ce dernier d’ajouter « (qu’il ne) peut en aucune façon déparer la plus précieuse galerie (…) »

Alors n’hésitez plus et agrémentez votre collection d’une peinture… faite avec les pieds !